En finir définitivement avec le paludisme

25 avr. 2016

Distribution d’équipements de protection individuelle aux agents de pulvérisation intra domiciliaire (PID)/ En uniforme bleu, les agents de PID ; devant, de gauche à droite : Carlos Bandeira, Directeur du Centre National des Endémies ; Hamilton Nascimento, Coordonnateur du Programme national de lutte contre le paludisme ; Mamisoa Rangers, Gestionnaire du Projet PNUD/Fonds mondial ; Dionisio Amado, Directeur Exécutif de l’ONG Zatona Adil, maître d’œuvre des campagnes PID (PHOTO:PNUD/STP)

« Ici à Sao Tomé et Principe, nous entrons dans une phase où nous devons aller de l’avant, nous ne pouvons plus reculer. Pour parvenir à zéro décès en 2014 nous avons eu à redoubler d’efforts. Aucun relâchement ne doit être accepté. Nous devons maintenir toutes nos actions», a déclaré Carlos Bandeira, Directeur du Centre National des Endémies (CNE), à l’occasion de la journée mondiale du paludisme, le 25 avril 2016.

Cette année, l’Organisation mondiale de la Santé a encouragé l’ensemble des intervenants à se réunir autour du thème : « en finir définitivement avec le paludisme », et ce dans le cadre du troisième Objectif de Développement Durable (ODD3). Ainsi, la Stratégie technique mondiale contre le paludisme 2016-2030 préconise de réduire d’au moins 90% le taux de nouveaux cas de paludisme et de réduire les taux de mortalité d’au moins 90%.

Sao Tomé et Principe : cas de réussite contre le paludisme

« Depuis 2014, en termes de mortalité, nous n’avons pas eu de notification de décès par paludisme de la part des autorités » annonce Dr Vilfrido Gil, Conseiller technique au sein du Projet PNUD/Fonds mondial.

Sao Tomé et Principe est catégorisé comme un pays en phase de contrôle modéré du paludisme. Les deux îles présentent néanmoins une situation épidémiologique différenciée avec une transmission basse dans la première et très basse dans la seconde. Avec une incidence de 0,39 cas pour 1 000 habitants (2014), l’île de Principe s’approche de la phase de pré-élimination du paludisme.

Grâce au leadership du Ministère de la santé, et à l’appui technique et financier de ses partenaires dont le PNUD et le Fonds mondial, de réels changements épidémiologiques ont pu être observés. Une réduction de plus de 90% du nombre de cas signalés a été observée entre 2001 et 2014. En 2014, le pays a enregistré 9,3 cas pour 1 000 habitants contre 38,4 pour 1 000 habitants en 2009.

SSF-Malaria : Une subvention à l’origine de gains réels

Pour le PNUD, cette année, la journée mondiale de lutte contre le paludisme revêt un caractère particulier. En effet, la subvention du Fonds mondial dénommée « SSF Malaria », mise en œuvre par le PNUD et ses partenaires entre janvier 2011 et décembre 2015 et qui s’élevait à 10 888 030 $, vient de prendre fin (décembre 2015). L’heure est donc au bilan.

« Nous n’avons pas encore terminé par rapport au plan stratégique de 2012-2017. Il y a encore de nombreuses actions en cours mais selon les indicateurs ciblés, nous pouvons affirmer être sur la bonne voie à ce jour. La diminution de la mortalité est un axe important à prendre en compte. Nous avons ciblé l’élimination totale de la maladie. Nous sommes donc obligés de recourir à toutes les actions possibles » affirme Carlos Bandeira lors d’un entretien au Centre National des Endémies.  

Les résultats obtenus grâce à cette subvention majeure à l’échéance du 31 décembre 2015 ont obtenu la note de performance A2 de la part du Fonds mondial. Ils reflètent ainsi l’effort assidu de l’ensemble des parties prenantes.  En voici quelques-uns:

 

Résultats au 31 décembre 2015 de la subvention SSF Malaria à Sao Tomé et Principe:

  • 66% des ménages vivant dans les zones à risque ont reçu un service de pulvérisation intra domiciliaire au cours des 6 derniers mois contre une cible de 85%.
  • 103 941 moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action (MILDA) ont été distribuées contre une cible de 106 778, objectif atteint à 97%.
  • 267 professionnels de la santé ont été formés à la gestion des cas de paludisme contre 317 prévus.
  • 100% des cas confirmés de paludisme (simples et graves) ont reçu la première ligne de traitement et d'autres médicaments antipaludiques recommandés dans les centres de santé et au niveau communautaire.
  • 92 agents de santé communautaires ont été formés à la gestion des cas de paludisme simple contre une cible de 162.
  • 100% des formations sanitaires ont été équipés en microscopie et ont la capacité de fournir des tests à diagnostic rapide du paludisme, soit 28 formations.

La prévention, solution du problème

Le paludisme peut être traité mais il peut surtout être évité. A Sao Tomé et Principe, la prévention de la maladie est désormais un enjeu majeur qui se heurte à des obstacles sur le terrain.  En effet, les gains réels de la lutte contre le paludisme dans le pays ont fait que la maladie est devenue presque un lointain souvenir pour nombre de saotomense. D’après Mamisoa Rangers, Gestionnaire du Projet PNUD/Fonds mondial, la baisse drastique de l’incidence semble avoir diminué la perception du risque au sein de la population et par conséquent l’adoption des comportements adéquats pour la prévention du paludisme.

 « Il est primordial de maintenir toutes ces actions : la pulvérisation, la distribution des moustiquaires, la lutte anti larvaire, et redoubler d’efforts pour avoir un changement des comportements au sein de la population car les gens commencent à se relâcher. Ils voient qu’il n’y a plus beaucoup de cas, plus de décès. En pensant à tort que le paludisme est fini, nous risquons un retour en arrière » confirme Carlos Bandeira, Directeur du CNE.

La progression du pays vers la pré-élimination du paludisme pose ainsi un autre défi : celui de maintenir les gains et de ne pas régresser. « C’est encore plus difficile de maintenir la situation actuelle que d’effectuer le chemin que nous avons parcouru pour y arriver » estime Dr Vilfrido Gil du Projet PNUD/ Fonds mondial. Or ce chemin aura été long puisque la lutte contre le paludisme dans l’archipel a commencé dès la période coloniale pour s’intensifier à partir des années 2000 avec l’avènement du Fonds mondial.

En effet, « en ce qui concerne les campagnes de pulvérisation, les habitants n’acceptent plus comme avant la démarche : ils ne ressentent plus le danger. Les taux ont effectivement baissé mais cela ne signifie pas que la maladie n’est plus là. Nous devons continuer jusqu’à l’élimination, jusqu’à que ce que cela ne constitue plus un danger public et non retourner en arrière » insiste Agostinho Sousa, Associé au suivi-évaluation pour le Projet PNUD/ Fonds mondial.

Ainsi, dans le contexte de Sao Tome et Principe, en finir définitivement avec le paludisme signifie non seulement renforcer les progrès déjà réalisés mais surtout  préserver et consolider de précieux acquis difficilement obtenus à l’issue d’une lutte de plusieurs décennies.