Une journée partagée dans le monde pour lutter contre la tuberculose

31 mars 2016

Découverte du GeneXpert dans le laboratoire de l’Hôpital Central Ayres de Menezes de Sao Tomé et Principe (Photo : PNUD, 2016)

Imaginez un monde sans tuberculose d’ici à 2030, sans aucun décès ni souffrances liées à cette maladie dite « de la pauvreté ».  Tel est l’objectif de développement durable visant à mettre un terme à l’épidémie de tuberculose. La Journée mondiale de lutte contre la tuberculose, célébrée le 24 mars dernier, à été l’occasion de sensibiliser et d’informer encore une fois le public sur le poids considérable que représente cette maladie.

La tuberculose, une réalité à Sao Tomé et Principe

La tuberculose demeure un problème de santé publique important à Sao Tomé et Principe. Bien qu’elle ait décliné depuis 1990, l’incidence de la tuberculose dans le pays reste significative. A 93 pour 100 000 habitants, elle fait de l’archipel le deuxième pays le plus affecté comparé aux pays aux caractéristiques similaires en Afrique sub- saharienne.

Pour contribuer aux efforts nationaux de riposte, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a accordé au pays une première subvention de 1 717 439 USD couvrant la période 2010-2015. En décembre 2014, le Fonds mondial a approuvé une seconde subvention Tuberculose d’un montant total de 1 567 681 USD, pour la période 2015-2017. En tant que Bénéficiaire Principal de la subvention, le PNUD a mis en place le projet « Diagnostiquer plus, guérir plus » en juillet 2015.

Pour atteindre les cibles convenues avec le Fonds mondial, une combinaison d’interventions sont menées grâce au leadership du Ministère de la santé, avec l’appui technique et financier du PNUD et la contribution de ses partenaires actifs au quotidien sur le terrain. Parmi ces interventions figurent la mise en place d’une communication visant le changement des comportements ;  une éducation par les pairs ; l’expansion et la décentralisation de l’offre de services de prévention, de dépistage, de diagnostic et de traitement; une recherche active des cas ; l’amélioration continue de la qualité de tous ces services ainsi que l’appui communautaire et la surveillance entomologique et épidémiologique.

Les cinq grands objectifs pour Sao Tomé et Principe en quelques chiffres:

  • Augmenter le taux de de réussite du traitement de la tuberculose en passant de 93 cas sur 100 000 en 2012 à 80 cas sur 100 000 en 2017
  • Augmenter le taux de succès du traitement de la tuberculose pour atteindre au moins  85% en mettant l’accent sur l’adhérence aux  traitements et  l’engagement communautaire
  • Fournir un dépistage systématique des cas résistants
  • Fournir les soins et soutien nécessaires aux 95% de patients infectés par les deux maladies tuberculose et HIV
  • Améliorer les capacités managériales du Programme national de lutte contre la tuberculose (PNLT)

Pour cette Journée mondiale de l’année 2016, l’Organisation mondiale pour la santé a lancé un appel afin que de nouveaux engagements soient pris et que de nouvelles actions soient menées pour lutter ensemble contre la tuberculose. Le thème central de la journée, «s’unir pour mettre fin à la tuberculose» comportait les 4 sous-thèmes suivants:

  • Ensemble, nous préviendrons la tuberculose en éliminant la pauvreté

Sao Tomé et Principe est la plus petite économie d'Afrique. Le revenu de 1811 USD par an et par habitant place le pays au 143ème rang mondial (données Banque Mondiale 2014). Environ 66% de la population, composée de 193.712 habitants, est pauvre (INE – 2016). Or il n’est pas toujours facile d’allier le traitement de la maladie avec des conditions de vie complexes voire extrêmes.

Pour Dionísio Amado, Directeur exécutif de Zatona Adil, une ONG partenaire du Projet PNUD/Fonds mondial, « les pays pauvres ne disposent pas de leurs propres ressources afin d’investir convenablement dans l'éducation, la santé, les infrastructures d'assainissement, le logement. Par conséquent, les conditions de vie pour la majorité de la population sont précaires et cette précarité est la source d'attraction pour de nombreuses maladies et parmi elles, la tuberculose ». De surcroît, ces conditions difficiles peuvent entraîner des comportements à risque. Selon Mr Amado, « un individu sans ressources va tout mettre en œuvre pour oublier les difficultés qui l'entoure. Il peut avoir tendance à se réfugier notamment dans l’alcool ou le tabac…De plus, cette situation est souvent aggravée par de mauvaises conditions de leur habitat ainsi qu’une mauvaise alimentation. Ces conditions de vie précaires sont la cause de l'affaiblissement du corps, qui peut devenir sensible aux maladies opportunistes telles que la tuberculose ».

Docteur Gilberto Frota Coordinateur du Programme national de lutte contre la tuberculose (PNLT) explique quant à lui « qu’un traitement dure 6 mois… C’est très lourd pour le patient. Dans notre Programme, nous avons une ligne d’appui nutritionnel. Nous donnons aux malades des paquets qui contiennent des denrées alimentaires de base (sucre, farine, huile, riz …) Cela leur permet d’une part de s’alimenter suffisamment et d’autre part cela les motive à continuer le traitement ».

  • Ensemble, nous dépisterons, traiterons et soignerons mieux la tuberculose

Toutefois les efforts pour contrer cette tendance sont bien à l’œuvre et les propos de Dr Frota amènent à espérer : « Nous mettons en place des programmes de communication.  Les gens commencent à venir nous voir d’eux-mêmes. Si vous attirez plus de monde, vous détecterez plus de cas. Ce n’est pas un problème pour nous. Nous pouvons les traiter, c’est très positif. Les gens commencent à écouter, à changer de comportement, c’est bon signe!».

Ce 23 mars dernier fut également l’occasion pour l’ensemble des partenaires luttant contre la tuberculose d’inaugurer la mise en place du GeneXpert à l’Hôpital Ayres de Menezes.  Acquis grâce au Projet PNUD/Fonds mondial, ce matériel de pointe permettra de diagnostiquer plus de cas et de dépister plus rapidement les cas de tuberculose multirésistante.

  • Ensemble, nous mettrons fin à la stigmatisation et à la discrimination

Malgré l’amélioration du plateau technique et la gratuité du traitement de la tuberculose, les épreuves au quotidien demeurent. Il n’est pas toujours aisé d’appliquer les grandes directives sur le terrain. Selon le Coordonnateur du PNLT, « Sao Tomé est un petit pays, tout le monde se connaît et la tendance de chacun est d’éviter de faire savoir à l’autre qu’il est atteint par la maladie. Cela nous complique considérablement la tâche notamment pour l’identification de nouveaux patients. De même, pour ceux qui sont déjà en traitement, nous devons user de stratégies de discrétion lorsque nous les visitons, afin qu’amis et voisins ne sachent rien de leur maladie ».

Mais les efforts de la population commencent à se faire ressentir pour Dionisio Amado, Directeur exécutif de Zatona Adil : « depuis ces dernières années ici à Sao Tomé et Principe, la discrimination et le stigma envers les malades de tuberculose tendent à disparaître. A travers les différentes campagnes de sensibilisation, les comportements ont tendance à changer et les tabous se brisent (…) Avec la mise en place des traitements directement observés, les agents de santé communautaire accompagnent les malades au quotidien jusqu’à leur guérison complète. Nous avons pu observer directement la situation, les patients sont acceptés et intégrés à leur communauté ainsi que dans l’exercice de leur travail. Ils ont une vie normale».

  • Ensemble, nous stimulerons la recherche et l’innovation

Même si des progrès significatifs ont été accomplis, on estime que, chaque année, 3 millions de cas de tuberculose ne sont pas diagnostiqués ou ne sont pas soignés et traités de manière appropriée à travers le monde (67ème Assemblée mondiale de la santé, 2014). Il apparaît donc primordial d’investir davantage pour accélérer la mise en œuvre des innovations au niveau des pays et dans la recherche-développement de nouveaux outils de soins et de prévention essentiels à l’élimination de la tuberculose.

Le nouveau test diagnostic de la tuberculose réalisé par le GeneXpert, détecte l’ADN du bacille tuberculeux dans les crachats. Il a été mis au point par la société californienne Cepheid. Pour faciliter son accessibilité, FIND (Fondation pour des outils de diagnostic nouveaux et novateurs créée en 2003) a négocié une diminution de 75% des prix avec le fabricant pour les pays à revenus limités comme Sao Tomé et Principe. D’après les résultats déjà publiés, il semble que le GeneXpert soit effectivement une réelle avancée, surtout par sa rapidité et sa simplicité d’emploi.

Ainsi, la journée mondiale de lutte contre la tuberculose est l’occasion de mettre sur le devant de la scène l’ensemble des collaborateurs qui tentent d’améliorer au quotidien les soins administrés aux patients, de lutter contre la stigmatisation et la discrimination à l’encontre des patients, d’opérer des changements au niveau des systèmes de santé et des politiques, et d’intensifier les recherches et l’innovation pour mettre fin à cette épidémie.

Quelques innovations récentes dans la lutte contre la tuberculose:

Test en une heure : L’Agence britannique de protection de la santé (United Kingdom Health Protection Agency, HPA) a annoncé qu’elle avait mis ce test au point peu après que la création du GeneXpert ait été rendue publique. Ce test, qui ne prend qu’une heure, se limite à détecter une seule molécule d’ADN de la tuberculose et est censé être plus sensible que la plupart des autres tests rapides qui cherchent à détecter une séquence d’ADN qui pourrait ne pas être présente dans de nouvelles souches de tuberculose.

TMC207 : Le seul médicament a représenté une véritable avancée dans le traitement de la tuberculose ordinaire et multirésistante. Ce médicament encore expérimental n’a pas besoin d’être réfrigéré, pourrait n’être administré que trois fois par semaine et n’a pas d’effets secondaires sérieux.

Signature Mapping TBDx : Créé par l’Aurum Institute en Afrique du Sud, ce système de diagnostic TBDx capture des images numériques d’échantillons de crachat et y recherche « l’empreinte digitale » structurelle de la tuberculose. A l’identique des appareils à rayons X, le TBDx utilise des microscopes numériques pour déceler les microbes de la tuberculose selon leur forme.


Test de « numération bactérienne » en 30 minutes : En 2009, des chercheurs de l’hôpital général du Massachusetts à Boston et de l’université Harvard ont mis au point un appareil manuel permettant de détecter la présence de tuberculose, même à des niveaux très faibles, dans des échantillons de crachat à l’aide de petites particules de fer et d’ondes radioélectriques. Ce test serait aussi sensible que ceux ayant recours à des cultures du germe de la tuberculose, qui peuvent mettre des semaines à se développer en laboratoire.

Diagnostics assistés par ordinateur : Des étudiants en radiologie prennent les radiographies, qui seront par la suite stockées dans une base de données électronique jusqu’à ce qu’un médecin disponible n’importe où dans le monde puisse les lire. Les images conservées dans la base de données sont utilisées pour mettre au point un programme de diagnostic assisté par ordinateur qui pourrait à l’avenir aider à diagnostiquer la tuberculose sans l’aide d’un radiologue qualifié.